LeP's Corner

Les chroniques d'un libéral



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28.6.03

Déménagement

Le blog déménage ! Il a maintenant son propre nom de domaine : www.lepscorner.com/blog. Pensez à mettre vos bookmarks à jour.




25.6.03

L’environnement dans la Constitution

Chirac s’est trouvé un projet à sa taille : modifier la Constitution française (l’européenne étant contaminée d’origine) avec les tous nouveaux tous beaux concepts de ‘développement durable’ et de ‘principe de précaution’. Parlons donc d’un peu tout ça et voyons ce qu’on peut trouver à y redire.

1. Le constat est double : d’abord de nature scientifique, avec des résultats statistiques sur l’effet de serre en particulier et sur un certain nombre d’autres ‘grands enjeux’, ensuite de nature psychologique : ainsi que brillamment démontré lors des dernières élections présidentielles, le bas peuple aurait fait de l’écologie sa première priorité.

Si j’insiste sur la nature statistique des résultats scientifiques à prendre en considération, c’est parce qu’à ce jour les modèles qui s’appuient sur des processus physiques plutôt que sur l’analyse des cycles et des tendances sont extrêmement mauvais et parfaitement incapables d’effectuer la moindre prédiction à long terme. On trouve, dans les graphes à long terme sur l’environnement, quelques catégories qui regroupent la plupart des schémas :

  • cycles : pour une raison extérieure à l’homme
  • la situation est bonne : l’indicateur progresse régulièrement (espérance de vie, production agricole…)
  • la situation se stabilise après un changement important : il y a eu une période de transition (population occidentale, forêts occidentales…)
  • la situation s’emballe : l’indicateur progresse exponentiellement (effet de serre)

2. Le remède : la question est de savoir si, dans ce dernier cas, on se trouve réellement au bord de la catastrophe ou si on est en pleine transition. Et si l’on peut faire quelque chose pour faire favoriser la transition. Mon opinion est que le marché est la seule et la bonne solution pour y parvenir. Car par définition il tient compte de tous les éléments : le souhait des clients d’acheter ‘écolo’ (le constat ‘psychologique’) en fait partie, pas besoin que l’Etat s’en mêle. En cas de réelle crise écologique (qui est tout à fait improbable, cf. The Skeptical Environmentalist), les entreprises rivaliseront d’intelligence pour trouver des solutions vendables – de leur côté, les États ne trouveront jamais rien.

3. Les solutions de Chirac :

  • le ‘principe de précaution’ : on nous propose tout simplement de soumettre l’innovation au contrôle systématique de l’Etat, de la ralentir outrageusement, voire de la censurer. Cela signifie aussi donner à nos hauts fonctionnaires les moyens de gérer l’économie et de satisfaire leurs petits copains (cf. la crise de la vache folle où l’embargo a été prolongé sans raison valable, sinon pour le bonheur des agriculteurs français). Et on peut être sûr que l’agence indépendante qui sera chargée de l’application du principe de précaution sera toujours trop alarmiste, pour deux raisons : il faut bien qu’elle justifie son existence, et ceci régulièrement ; si un drame a lieu sans qu’elle n’ait rien fait, attention les fesses.

  • le ‘droit à l’environnement’ : c’est purement et simplement la négation du droit de propriété, puisque ce nouveau droit confère à chacun un droit de regard et de contrainte sur n’importe quelle propriété. Il est de plus évident qu’un tel droit ne pourrait être en pratique exercé par tous : c’est donc encore une fois à une agence, composée de quelques élites échappant probablement à tout contrôle démocratique, que sera dévolue la tâche. Encore une fois, l’Etat se donne un moyen légal se s’immiscer dans les affaires privées.

  • la contribution de tous à la réparation des dommages causés aux espaces non privés : un impôt pour couronner le tout, alors qu’il suffirait de privatiser ces terrains.




24.6.03

De la colère à l’incompréhension

Je me suis plongé il y a quelques jours dans ‘Atlas Shrugged’ d’Ayn Rand. Je suis loin de l’avoir fini mais déjà certains aspects de la philosophie objectiviste me sont parvenus jusqu’au cerveau, et ce nouvel éclairage me fait réaliser deux ou trois choses.

Avant d’être libéral, dans ma plus tendre enfance, la politique n’était pour moi qu’un vaste brouillard, bien au-delà de mes centres d’intérêt, et je laissais donc provisoirement de côté la profonde étrangeté de ses coutumes pour me concentrer sur celles de l’école. Un petit monde à part en vérité, avec ses propres règles et ses propres démons, pensais-je, alors que c’était un simple échantillon des déviances extérieures. Mes premières intuitions sur la nature du monde – son fonctionnement, sa logique, ses vérités et ses contrevérités – qui devaient plus tard se fondre dans une philosophie libérale, y trouvaient matière à contrariété : les autres (les professeurs surtout) ne semblaient pas voir comme je voyais, ni sentir comme je sentais, et de ce fait leurs conclusions différaient des miennes. L’impossibilité constante de se mettre d’accord sur quoi que ce soit me mettait régulièrement en colère, après quoi je m’isolais, repensant à la dernière dispute, l’analysant, et j’extrayais parmi mes arguments ceux qui avaient le plus déplu : je les retravaillais jusqu’à comprendre la position adverse, et concluais la plupart du temps que « vu comme ça, ça tenait la route ».

J’étais un enfant. C’était à l’intuition que je faisais appel avant tout, faute d’un esprit assez structuré et faute de culture. Il n’y avait dans toute conversation que des ego en jeu : des personnes dont les particularités de tempérament, les orientations naturelles ou réfléchies de l’intuition, les mouvements spontanés du cœur, amenaient inévitablement à des positions diverses, mais toujours déclarées sur l’honneur. « Quand je soutiens telle idée, c’est ma personne que j’implique, c’est mon caractère que je dévoile, ma personnalité qui se révèle. » : tel était le credo universel.

Je suis devenu libéral. C’était d’abord un élan d’excitation que de trouver dans des livres – dans des autorités a priori plus fortes que les êtres de chair et de sang – le discours même qui devait enfin satisfaire ma soif de penser comme un autre et mon désir de trouver un maître. Mais toujours, encore, ça n’était que voir son intuition ailleurs que chez soi, la mettre à l’épreuve d’une philosophie bienveillante et, se sachant en présence d’un interlocuteur de confiance, se laisser porter par la voix de l’enseignant respecté – ça n’était pas raisonner. La colère, toujours, était la seule issue à la moindre confrontation avec l’autre bord, car l’autre bord semblait de plus en plus ne pas pouvoir sentir le monde à ma manière mais conservait la crédibilité d’une autre forme de pensée, et l’honneur qu’il y engageait était intact.

Aujourd’hui, je continue à lire la littérature libérale, je m’informe sur les idées divergentes, je lis la presse. Et chacune de ces lectures vient confirmer que la donne n’est pas telle que je l’imaginais : il n’y a pas plusieurs camps concurrents de sensibilité différente, il n’y a que la vérité contre le mensonge et l’ignorance. À relire sans cesse les éditoriaux du Monde, les dépêches de l’AFP et les discours des hommes politiques et de leurs militants, l’évidence ne fait que s’imposer un peu plus à moi chaque jour : ils sont dans le faux. Ce n’est pas même que d’un certain point de vue un peu biaisé, ce qu’ils disent est assez vrai : ils ont parfaitement, entièrement, totalement tort. La lapalissade d’Ayn Rand « You can’t eat your cake and have it too. » est tout simplement hors de leur portée. Envers et contre toutes leurs capacités naturelles d’êtres humains, ils tiennent des discours ineptes, sans la moindre parcelle de sens ou de cohérence. Face à ces automates déréglés, à quoi bon la colère ? Ils ne m’inspirent plus qu’un sentiment d'indifférence lasse. J’en viens à douter qu’ils soient de chair : ne sont-ce pas plutôt des nuages impalpables, de la fumée sans feu – une incompréhensible absurdité ?





Contre la grâce de José Bové

La rumeur court que José Bové pourrait être grâcié le 14 juillet à l'occasion de la fête nationale. Si cela vous choque, suivez l'exemple de l'ami Melodius et envoyez ce courrier ou un autre à la Présidence de la République. Vous êtes bien sûr vivement encouragés à faire passer le mot autour de vous. Voici le texte :

Monsieur le Président,

La presse nous annonce que vous auriez l'intention de grâcier José Bové à l'occasion du 14 juillet.

Je me permets de vous demander de ne rien en faire, et ce pour les raisons suivantes :

1. il me paraît inconcevable d'ainsi désavouer la justice française, qui a déjà fait preuve d'une grande mansuétude pour José Bové.

2. un grâce signifierait à ceux qui contestent le résultat des urnes de manière violente qu'ils sont assurés de rester impunis.

3. il me semble totalement contraire à l'équité qu'un homme tel José Bové bénéficie de passe-droits en raison de sa seule notoriété, de ses opinions politiques et du soutien dont il bénéficie au sein d'une certaine opinion. La loi est la même pour tous. J'imagine mal par exemple que vous grâciez des opposants au mouvement de Bové qui saccageraient ses champs ou le siège de son mouvement sous prétexte que ces délits sont politiques. Grâcier Bové est donc une gifle aux citoyens qui défendent leurs idées politiques dans le respect du droit.

J'espère, Monsieur le Président, que vous serez sensible à ces quelques observations, et vous prie de croire à l'expression de ma haute considération.

Et pour l'envoyer, c'est par là que ça se passe.




23.6.03

About José Bové from the People's State of France

Zut, une mauvaise manip et j'ai perdu ce post... Je le réécris de mémoire.

Je parlais donc de l'arrestaion de José Bové et des échos qu'elle provoque chez les gauchistes. Un rapide tour sur le forum de liberté-chérie, noyauté depuis leur passage à la télé, suffit pour voir la "température" de leur contestation, toujours aussi peu argumentée et rationnelle. Le Monde y va aussi de sa contribution éclairée dans son édito, un exemple des plus frappants des failles notoires de leur intellect.

Il n'en est pas moins évident que José Bové n'est pas un délinquant comme les autres. Il n'a commis aucune violence à l'égard des personnes.

A partir d'aujourd'hui, ne sont plus considérés comme délinquants les voleurs, pilleurs et autres hors-la-loi n'ayant commis aucune agression physique.

Militant syndical, il a commis un délit collectif, revendiqué comme tel, mais un délit symbolique.

Un délit collectif/symbolique n'est pas vraiment un délit ? Et la victime d'un délit collectif/symbolique n'est pas vraiment une victime ?

Fût-ce de manière condamnable, il a agi au service d'une cause qui peut être discutée mais en aucun cas récusée :

Il a saccagé la propriété d'autrui, il est puni. Où est le rapport avec sa "cause" ?

la défense d'un environnement sain, la liberté des paysans à utiliser leurs propres semences, la protection du vivant contre son exploitation marchande.

J'ai pas entendu que qui que ce soit ait forcé les paysans (on dit paysan comme au XVIème siècle et non agriculteur, comme c'est touchant de la part de ces saltimbanques dégénérés) à cultiver des OGM. Et je suis tout particulièrement impressionné par la grandeur du combat qu'ils entreprennent : protéger le maïs (parce que le "vivant" dont ils parlent, c'était bien du maïs) contre son exploitation marchande.

La meilleure preuve en est que le président de la République lui-même, il y a quelques jours encore, invoquait le respect du principe de précaution pour s'assurer que les OGM répondent à de réels besoins et qu'ils ne placent pas les pays pauvres en situation de dépendance.

Si c'est le Président qui l'a dit, alors, ça ne peut qu'être vrai. D'autant plus qu'il serait dommage de laisser les pays pauvres se nourrir, ça rend dépendant de l'agriculture. La famine au moins, ça garantit l'autonomie.

en affichant ostensiblement sa fermeté et en emprisonnant un syndicaliste, le gouvernement répond à la provocation par la provocation, au risque de transformer José Bové en martyr de sa cause.

N'appliquons pas le droit, ça crée des martyrs.




17.6.03

Mariage et collectivisme

De nombreuses personnes, parmi celles qui s’estiment le plus, ont une forte propension à voir dans le collectivisme le meilleur système de gouvernement. De la part de ces fronts bombés, il ne faut pourtant pas s’attendre à une véritable empathie pour l’immense peuple des déshérités, exclu des sphères de l’intelligence supérieure, ailleurs que dans des postures superficielles et vindicatives. Leur collectivisme est platonicien : ce serait aux élites, donc à eux-mêmes, de prendre en main la destinée des pauvres moutons incultes qui composent la masse informe et bruyante des incapables – de la chair à politique, malléable à souhait.

Tous ceux qui ont lu Hayek ou quelque autre grand libéral, qui ont frotté leur imaginaire aux ordres spontanés et aux catallaxies, s’empresseront de rire au nez des présomptueux qui, voyant le monde comme un seul gigantesque navire, croient pouvoir s’installer à la barre et tenir tranquillement le bon cap. Mais, pour détromper ces capitaines de Titanic, un livre ne suffit pas – ils ne s’y intéressent pas si aucune trace d’un communisme quelconque n’y est visible.

Parlons donc plutôt du mariage : c’est la forme minimale du collectivisme. Deux personnes, a priori d’accord pour s’engager ensemble, concluent un pacte de non agression et de partage des biens. Dans une optique platonicienne, on y ajoute une nuance : le mari est cultivé et dominateur et sa femme est le prototype de la bobonne productrice de progéniture – inversez les rôles si vous êtes féministe. Le maître du domicile s’estime en droit de soumettre le libre-arbitre de l’être inférieur qu’il côtoie. Or, qu’observe-t-on quand une telle situation se présente aujourd’hui ? La femme, capable d’autonomie comme tout être humain, se trouve aussi être capable de produire plus quand elle se soustrait à la hiérarchie conjugale. Elle peut se dégoter un boulot raisonnablement bien payé et transférer ses tâches ménagères à des machines ou à des employés, tout en réalisant un bénéfice substantiel : c’est le miracle de la division du travail. Cet état de fait étant largement connu et reconnu à notre époque, il ne fait aucun doute qu’une femme trop écrasée et suffisamment forte pour oser la rébellion ne tarde pas à briser son mariage, et c’en est fini du collectivisme platonicien de la maisonnée.

Voilà déjà qu’à deux, cette forme particulière d’organisation ne marche plus. Un conseil donc : élites collectivistes de la nation, résignez-vous devant l’évidence pratique, réduisez les chiffres de vos ambitions, et prônez dès à présent une nouvelle révolution idéologique : le collectivisme platonicien individualiste.




16.6.03

Message personnel

Aujourd'hui Proudhon nous parle des sentiments que lui inspire la politique française en général, et Chirac en particulier* (je sais, ça va finir par passer pour de l'acharnement) :

« Etre gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu... Etre gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

Et dire qu'il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, cette ignominie ; des prolétaires qui posent leur candidature à la présidence la République ! »

(Proudhon, P-J. Idée générale de la révolution au XIXe siècle)

* ne m'envoyez pas de mail pour me signaler la disparition tragique du bonhomme il y a presque un siècle et demi, je suis au courant, merci.




13.6.03

La méthode Le Monde

Dans son éditorial du jour, Le Monde propose une (maigre) analyse des attitudes de Chirac au fil de quelques actualités, et de ce que cela suppose comme arrière-plan stratégique. Si, comme à l'accoutumée, la réflexion de fond en est totalement exempte, il y a ici matière à mieux cerner les goûts du journal, saisir ce qui constitue son sujet de prédilection : la posture des hommes politiques. Ce qu'on peut lire sur leur visage lorsqu'ils discourent – pas ce qu'ils disent, ce qui transparaît dans leurs hésitations et les trésors tactiques qu'ils déploient pour parvenir à leurs fins – jamais ce qu'ils disent.

Quelle est donc cette méthode Chirac ? C'est celle d'un arbitre, comme le souligne Le Monde, tapi dans l'ombre et qui n'en sort que pour déclarer qui est vainqueur, quelqu'un qui ne se positionne qu'en influence et jamais ouvertement en parole, le jacobin par excellence – et c'est aussi la méthode Le Monde.

C'est quelqu'un qui lit les sondages ou les manipule (comment savoir ?), un habitant du no man's land entre les opportunistes et les marionnettistes dont le principal atout est qu'on ne sait jamais vers lequel de ces mondes son cœur penche (cf. la guerre en Irak) – tout comme Le Monde.

C'est aussi quelqu'un qui s'adresse à des groupes sociaux, ignorant la notion même d'individu, qui prône la réconciliation générale alors qu'il divise lui-même ses auditeurs en catégories – et Le Monde aussi.

C'est un adepte du discours creux et idéologique en même temps qu'un habitué de la magouille, un rêveur corrompu pour qui tout pragmatisme se matérialise par des mots vagues – "rapidement", "dans les plus brefs délais", "avec vigueur", "dangers de l'immobilisme", etc. – ou des statistiques trafiquées – comme Le Monde.

Bref, c'est un démagogue aux tendances socialistes, un personnage pour qui Le Monde ne peut que ressentir de l'empathie.